Régime cétogène et cancer : l'expérience de la diététicienne


Par Lanutrition.fr Publié le 27/01/2016 Mis à jour le 18/02/2019






Magali Walkowicz, diététicienne-nutritionniste, suit des patients atteints de cancer qui ont opté pour un régime cétogène. Elle témoigne, ici et dans son dernier ouvrage Combattre le cancer avec le régime cétogène.


Le régime cétogène, pauvre en sucres, riche en graisses, fait un nombre croissant d'adeptes chez les personnes ayant eu un diagnostic de cancer. Ils doivent savoir qu'on ne dispose pas à ce jour des preuves scientifiques que cette approche diététique est efficace ; ils doivent aussi savoir que c'est un régime contraignant pour lequel il peut y avoir des contre-indications et des effets indésirables. Dans cet entretien exclusif, la diététicenne-nutritionniste française Magali Walkowicz, qui suit depuis plusieurs années des malades (et des personnes en bonne santé) ayant opté pour le régime cétogène, fait part de son expérience. Un témoignage important, dans la mesure où peu d'études sont encore disponibles. Dans un article associé (abonnés), nous répondons à 8 questions qui sont souvent posées sur l'état des connaissances scientifiques sur le régime cétogène et le cancer. LaNutrition.fr recommande au patient qui souhaiterait suivre une diète cétogène de recueillir au préalable l'avis de l'équipe soignante (avantages et risques potentiels, état des connaissances), et, dans le cas où le régime est mis en place, s'assurer du suivi et du conseil d'un médecin nutritionniste ou d'un diététicien-nutritionniste connaissant la diète cétogène.

LaNutrition.fr : Magali Walkowicz, qui vous consulte ?

Magali Walkowicz : Pour l’essentiel, des patients ayant eu un diagnostic de cancer mais pas seulement. Certaines personnes souhaitent simplement optimiser leur santé en suivant un régime cétogène. J'ai maintenant une patientèle dans toute la France mais aussi dans d'autres pays. J'ai dû m'adapter et proposer des consultations via Skype et Facetime.

Ce sont généralement des personnes « informées », qui ont lu des livres, des articles de presse sur le régime cétogène ou qui connaissent quelqu'un qui suit ce régime. Car côté professionnels de santé, le régime a encore du chemin à faire. Il n'est tout simplement pas connu et par conséquent rejeté. Certains oncologues ou médecins traitants entrent en contact avec moi afin de discuter de la prise en charge de patients que nous avons en commun. C'est un vrai plus dans l'accompagnement thérapeutique. Des oncologues me sollicitent directement. Mais tout cela reste marginal. Depuis quelque temps, j'ai des patients qui sont eux-mêmes professionnels de santé, y compris des médecins. Il me semble donc que les choses commencent à bouger.

Lire : Le régime cétogène est encore trop peu connu des malades

Quels résultats constatez-vous chez les patients ?

Les résultats sont généralement positifs. L'expérience me montre que lors d'un cancer, très souvent, la progression des tumeurs est soit en régression, soit stoppée, soit ralentie, par rapport à la période antérieure à la mise en place du régime. Certains patients qui avaient dû arrêter leurs traitements car ils ne les supportaient plus, ont pu les prendre à nouveau après avoir suivi le régime cétogène. Mais les résultats ne sont pas égaux pour tous. Les effets secondaires des traitements classiques sont souvent atténués. Je fais certaines adaptations au régime, au cas par cas pour les jours qui entourent les chimiothérapies afin de minimiser le plus possible les effets indésirables. Le regain d'énergie est impressionnant. Beaucoup arrivent à refaire du sport ou à travailler tout en poursuivant les traitements alors qu'ils étaient en arrêt maladie jusque-là.

Ce que j’ai observé chez mes patients à partir du moment où ils introduisaient le régime :

une meilleure tolérance des soins classiques : chimiothérapie, radiothérapie, avec moins d’effets secondaires ;un regain d’énergie ;un meilleur profil nutritionnel – en consultation je ne me focalise pas que sur la cétose mais sur la cétose et sur l’amélioration de l’état nutritionnel. Les deux sont très compatibles ; je prends soin également d’introduire des aliments ou compléments alimentaires antiangiogéniques et de maintenir le pH ;une attitude plus positive, à la fois parce que les cétones amènent une sensation de bien-être, mais aussi parce que suivre le régime les rend acteurs de leur traitement ;une régression ou une stabilisation ou un ralentissement de la progression de la maladie.

Quels sont les cancers contre lesquels le régime cétogène paraît le plus efficace ?

Deux types de tumeurs semblent particulièrement bien répondre à l’introduction du régime cétogène : il s’agit des tumeurs cérébrales et des tumeurs pancréatiques. Je n’en connais pas les raisons mais les faits sont là. En général, très rapidement, les examens de contrôle le soulignent, de même que l’état général du patient. Cela ne signifie pas que le régime ne fonctionne pas sur les autres cancers, mais sur ces deux localisations, très souvent, la réponse est plus forte et plus rapide.

Le régime cétogène peut-il être le seul traitement, en cas de diagnostic de cancer ?

Non. Le régime ne peut être dissocié des traitements classiques. C'est la réunion des deux qui fonctionne et je le rappelle sans arrêt aux patients. Beaucoup pensent se soigner juste comme ça. Je n'y crois pas du tout. Je vois des patients qui arrivent très affaiblis, avec une dénutrition grave, due à un jeûne drastique qu'ils ont initié sans avoir un état nutritionnel suffisamment satisfaisant pour le supporter, ou à des diètes à base de jus et à une absence totale de traitement. Là c'est difficile de remonter leur statut nutritionnel. Il existe des « spécialistes » qui prônent d'autres méthodes de soin et incitent les patients à stopper les traitements classiques et même à stopper les examens de contrôle. Cela est très dommageable. Le résultat sur le long terme est catastrophique, et c'est difficile ensuite de convaincre les patients de s'y remettre. Je ne dis pas qu'il faut tout accepter les yeux fermés mais tout rejeter est dangereux, et je le vois. Ce qu'il faut, c'est s'informer, questionner pour bien saisir le rôle de chaque action thérapeutique mise en place. Certains disent qu'être patient est un métier. Il y a du vrai là-dedans. Autre point qu’il me paraît important de rappeler : ne pas mettre le régime cétogène en place seul, car il doit respecter les besoins de l'organisme, qui diffèrent d'une personne à l'autre et qui peuvent être modifiés dans le cadre de certaines pathologies et notamment du cancer. Certains cancers comme celui du sein, de la prostate, de la tête du pancréas, du foie, des reins par exemple nécessitent aussi des adaptations.

Donc un régime cétogène seul ne suffit pas à enrayer la maladie. Il potentialise les chances de rémission ou chez des patients considérés en fin de vie, qui n’ont plus aucun autre traitement, avec une échéance courte annoncée par l’oncologue, dans certains cas des mois, voire quelques années de vie supplémentaires tout en restant asymptomatiques.

Quels sont les effets indésirables ?

Je continue à constater qu'il y a une accentuation des symptômes d'allergie, de douleurs chroniques, lors de la mise en cétose, mais ils disparaissent après. Définitivement selon certains patients. Je n'ai pas réussi à échanger sur ce point avec d'autres praticiens. Je n'ai pas non plus trouvé d'études qui mentionnent cela. C'est juste un retour d'expérience.

En quatre ans de prises en charge, je n’ai jamais constaté la plupart des effets secondaires évoqués dans un article de 2017. Il me semble que le problème dans cet article, vient d'une une mauvaise façon de mener le régime mais pas du régime en lui-même.

Il y a des effets secondaires la première semaine du régime, tels que fatigue, nausées, vomissements, manque d’énergie, risque d’hypoglycémie si une activité physique est pratiquée en parallèle, le temps que les cellules changent de carburant, mais pas au-delà. Au contraire, le régime apporte ensuite un regain d’énergie, même chez les plus faibles. Si les nausées persistent, c’est que la cétose est trop forte. Il faut la baisser. Si l’énergie ne revient pas, ce n’est pas le régime qui est en cause, c’est qu’il y a autre chose derrière : peut-être une perte de masse musculaire, un foie fatigué par la chimiothérapie sans le secours d'une supplémentation adéquate…

Je n’ai de mon côté, jamais relevé de carence en calcium : le régime en apporte par les oléagineux, les sardines, eaux calciques, légumes et pour certains même les produits laitiers… Le régime valorisant les aliments gras, la vitamine D liposoluble est bien présente dans l’alimentation, et comme pour n’importe quel autre Français, quel que soit son régime alimentaire, une supplémentation est prescrite en hiver. Pour ce qui est de la densité minérale osseuse, il faut noter que beaucoup de patients prennent des corticoïdes au long cours qui ne sont pas étrangers au problème – idem pour l’hormonothérapie parfois prescrite. Le risque de déficit (et non de carence) en magnésium et potassium qui peut être induit au début du régime est compensé par une supplémentation. Il n'y a pas de risque de déshydratation si le patient ne retire pas le sel de son alimentation. Mes patients sont invités à surveiller leur pH urinaire, et, en cas d’acidité trop importante, amenée avant tout par le cancer notamment métastasé (l'acidité apparaît dans ce cas quel que soit le régime), on veille à augmenter la part des légumes porteurs de minéraux basifiants, à prendre du jus de citron pressé avec des bicarbonates de sodium/potassium. On met éventuellement en place une supplémentation nutritionnelle qui apporte des minéraux basifiants.

Les syndrômes gastro-intestinaux peuvent apparaître surtout si trop d’huile de coco est consommée et/ou en fonction des techniques culinaires utilisées (huile cuite ou crue). Ils peuvent aussi être liés à l’état de la flore et la perméabilité intestinale… Mais tout cela peut se corriger en consultation. Ce n’est pas le régime qui induit l’état ; il le révèle.

Les problèmes de cholestérol sont propres à la façon de mener le régime. Là aussi on peut les corriger le cas échéant en veillant à privilégier les graisses végétales. Si on veille bien aux apports en potassium, il n'y a pas de calculs rénaux. J’ai rarement eu des patients avec des calculs rénaux. En fait, il n'y a pas plus de calculs avec le régime cétogène qu’avec un autre régime si le régime est bien cadré.

Y a-t-il des contre-indications ?

Très rares sont les patients qui ne peuvent pas suivre le régime. On lit parfois que les patients souffrant des reins, du pancréas, du foie, ou maladies graves touchant d’autres organes ne peuvent pas suivre de régime cétogène. Certes, certains d’entre eux ne le peuvent pas si par exemple la tête du pancréas est touché et que les voies biliaires sont obstruées, s’il y a eu une duodénopancréatectomie céphalique récente, s’il